Quel avenir pour les vins et pour les cavistes ?

Un sociologue, conseiller en prospective, se penche sur une boisson mythique : l’avis de C. Gatard

Christian Gatard est sociologue, conseiller en prospective, romancier et essayiste. Il dirige la collection Géographie du futur aux Editions de l’Archipel. Année après année, il identifie dans notre présent ce qui deviendra les racines de notre futur et le nourrira. Il tente de façon rationnelle de comprendre nos motivations à venir, nos futurs centres d’intérêts, nos contraintes sociales, nos aspirations, et imagine les moyens que nous mettrons en œuvre pour y parvenir…

Nous l’avons interrogé sur ce que sera à son avis l’avenir du vin et sur le rôle que joueront les cavistes dans cet avenir qui nous semble à cette heure bien incertain. Ses propos sont rassurants tant justement ces mutations actuelles qui nous semblent trop rapides imposent des moments pacifiés, de pause, de réconfort, un moyen de retrouver ou de garder le lien social, un rôle mythique et décidément immuable pour le vin.

Comment parler du vin du futur ?

Le vin est un produit animé, éveillé, vivant, peut-être incontrôlable et porteur d’excitantes incertitudes.

Une aventure de l’esprit

Le rôle des cavistes sera de révéler l’essence même du vin , le nouveau frisson du vivant…

Il leur faudra raconter comment le vin réconcilie l’esprit et la matière, comment il permettra de réintroduire la logique de la fête, du carnaval, du moment où on souffle afin de permettre à notre propre machine interne de se ressourcer.

Le vin restera une aventure de l’esprit, une quête émotionnelle. En effet, le vin est et restera un « ascenseur » mental et social qui autorise une élévation psychologique, hédoniste et culturelle. Il aspire vers le haut.

Le vin participe de l’ascension sociale.

Il s’adosse à des valeurs de distinction sociale et psychologique.

Boire du vin, se conformer à ses rituels, adopter ses accessoires, c’est accéder à un nouveau palier de l’ascension sociale en même temps qu’un nouveau stade d’évolution personnelle : ne pas faire comme tout le monde, accéder à une différence.

Le vin permet de se distinguer… et d’être distingué dans tous les sens du mot.

Au cœur de la relation à l’autre

Le vin apporte à chaque moment un air de fête : il crée une relation très particulière, souvent joyeuse et ludique, avec une dimension de respect, de reconnaissance partagée et d’excitation. Le vin est un lubrifiant social.

Son contenu symbolique (à la fois ancêtre de la civilisation et précurseur de temps à venir ?) lui permet de s’inscrire totalement dans l’air du temps.

Il participe à (voire crée) un ralentissement du monde moderne, stressé, conflictuel, terrifiant. Le rôle du vin sera de réconcilier les tensions et de ralentir le monde.

Le caviste du futur sera “Coach du plaisir” ?

Bien loin du revendeur de vin alimentaire, le caviste pourrait devenir une sorte d’artisan de l’hédonisme. D’ailleurs, tous les métiers de bouche sont de plus en plus valorisés (voir Top Chef et autres émissions autour de la gastronomie).

Tel un artiste, le caviste aura une palette d’offres – le plaisir simple et accessible d’une bouteille de vin de pays, le plaisir plus complexe d’une AOP, le plaisir de la découverte des IGP et cela pour se cantonner juste aux vins tranquilles…

Le caviste “refuge”, lieu de rencontre et de partage

La profession peut ainsi devenir un référent dans un monde qui va tourner de plus en plus vite et qui aura besoin de plus en plus de repères.

Dans cet ordre d’idées, on voit déjà aujourd’hui ces consommateurs qui s’emparent de l’œnologie. Hédonistes avant tout, ils se veulent passionnés, savants, curieux, malins etc… Mais ont-ils vraiment un lieu pour échanger autour de leurs passions ?

L’idée du caviste comme “coach du plaisir” est donc à retenir.

Le caviste devra continuer à pouvoir accompagner l’évolution des consommateurs vers plus de connaissances et vers plus de qualité.

Par rapport aux périodes passées, le caviste doit réinventer la relation avec le consommateur et pour cela animer en permanence son lieu de vente pour qu’il devienne un lieu de conversation et d’échanges, de découvertes et de surprises, tout autant qu’un lieu rassurant et accueillant, avec des réponses pratiques et tangibles : qu’est-ce que je bois avec quoi ? pourquoi ce vin est-il différent de cet autre ? Qu’est ce que cela me procure comme sensation ? Qu’est-ce que cela m’évoque comme souvenirs ? ou, quelle découverte suis-je en train de faire ?

Le vin favorisent des retours sur soi qui permettent de s’extraire du global. Le caviste apporte à ses clients ce qui leur permettra de garder le lien avec eux-mêmes, un lien essentiel pour se projeter dans une société d’individus libres et humains.

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